Article dans "Luxemburger Wort" 2003

« The Cornelius Gene »
Une exposition à la chapelle du Rham

«Incertain, douteux, à la recherche du moi profond, de mon génie...», le constat, extrait du texte qui accompagne le travail d'Edmond Jamar plane sur les oeu-vres des 26 artistes participant au projet Cornelius. «Painting Corne-lius» fait partie de la stratégie du «Cornelius Project» qui sert de plate-forme à un échange d'idées, pour un changement des perspectives et pour la conquête de nouvelles dimensions intérieures de l'espèce humaine. En même temps, «Pain-ting Cornelius» est un projet interdisciplinaire soutenu par des artistes qui interprètent l'essence de ce qu'ils appellent «The Cornelius Gene».
Mais qui est Cornelius? Que fait-il de si important pour qu'une organisation utilise son nom d'une manière tellement obsessive? La réponse, c'est toujours Edmond Ja-mar qui nous la donne en répétant les paroles de Cornelius: « ...par le passé j'étais médecin et chercheur. J'étais sur le point de découvrir le gène du génie que j'allais appeler de mon nom: Cornelius. Je sauve-rais ainsi tous les êtres humains d'une vie ratée...»
Composé selon les dernières exi-gences des milieux «branchés», le projet Cornelius est un pot-pourri de gestes et de thèmes, un rassemblement qui met en commun des théories faramineuses et des expressions enfantines, des filaments de pensée et de philosophies di-verses, le tout dans une «carcasse» allant de la réalisation vidéo au collage, de la peinture au dessin, du découpage à l'affiche, de l'objet à la photographie dite «classique» en passant par les exploits du numérique.
On rencontre ainsi Sally Arnold avec une peinture intéressante à la fois par le signe géométrique et par la capacité des matériaux de refléter la lumière. Fred Brus va très loin dans ses explications: «Mon projet, dit-il, est la bande son des ,mochs' (mots tibétains et égyp-tiens divisés en sept parties). Il reflète les sentiments qu'impliquent les notions de mort et de paradis...» Il y a aussi Nicolas Chevalier, arrivé de Charleroi avec son coéquipier Marc Gilot, qui travaille le collage sur le thème des singes ; et Luc Dahm avec une série de photos assez intéressante.
Toujours dans le domaine de la photographie, René Grall s'exerce dans le patchwork digital. «Les photos que je prends en numérique constituent la matière première pour mes créations. En mélangeant plusieurs techniques, impressions digitales et peintures acryliques, j'ai réalisé cinq ta-bleaux pour le projet ,Painting Cornelius'.»
The'd Johans cherche le gène du génie dans une pipe, Doris Sander le poursuit dans le vol des corbeaux et Tamara Kapp semble le trouver dans une «Maskerade». Pour Véronique Kolber, le secret de Cornelius se cache dans son propre visage alors que pour Ren Schroeder il est un intense moment d'émotion traduit par la photo «Ctrl C - Ctrl V» suivie d'une explication: «Faisant partie des 92% des porteurs du gène, le jour où je m'en suis rendu compte, il me semblait voir Cornelius partout. Poussé par une flamme intérieure, il a fallu absolument que je contribue à rassembler un maximum de porteurs de gènes...»
Techniques mixtes dans le sens le plus propre du terme, l'exposition continue avec une vidéo signée Daniel Neumans qui se demande: «Is man a self-conscious gene of a high f orm of intelligence, of being, of existence?», et de répondre «We don't know». Technique mixte encore avec un nou-nours en plastique traversé par des images mouvantes réalisé par Vero Réato; avec l'affiche de Raphaël Springer «Casino-Forum d'art contemporain - Ail Art Has Been Contemporary - Noël 2001» réalisé en 2003 et surévaluée à 1.500 €; et pour rester dans le domaine de l'argent, avec les tableaux de Sumo & Spike «600 € la pièce et 1.100 € les deux».
Pour terminer, il y a aussi le travail de Darek Kurowski, les vidéos de Sneja Dobrosaveljevic, de Paulo Mira et de Pierre Villemin, les toiles de Sascha Seil et la très intéressante gravure portant sur des scènes de guerre réalisée par Yvonne Simon, les abstractions de David Siisca, le collage de bonne qualité de Thierry Tillier et les images des sculptures réalisées par Jean Villemin, lauréat du concours pour la réalisation d'une sculpture monumentale à l'Université de Sarrebruck.
«Expect the unexpected» avaient prévenu les organisateurs sur le carton d'invitation. Si «Le gène de Cornelius» n'est pas capable de mettre en évidence le gène du génie, il parle peut-être de cet autre gène dont disait René Grall: «...ce gène que les ingénieurs et les industriels définissent comme quelque chose de matériel, donc de commercialisable...»
Mariana Wathelet
A la chapelle du Rham jusqu'au 27 avril.